Julien Durand, le fils du cordonnier…

Dans ma généalogie maternelle, à la 10ème génération, je demande Julien Durand, sosa 920. Et pourquoi lui ? D’abord parce qu’il ne dérogera pas à la règle ; chaque individu mérite la même curiosité et puis parce que sa descendance a donné à Nantes quelques personnages notables présents sur la toile sous le patronyme DURAND-GASSELIN.

descendance_DURAND

Bien évidemment, et je ne suis pas trop surprise, les arbres généalogiques en ligne sont le reflet de la toile ; ils mentionnent les descendants les plus connus mais point de Julien Durand, fils de cordonnier… Ils ne m’apprendront rien ou si peu puisqu’on ne lui prête qu’un seul enfant. Quant à son épouse, elle est invisible et pourtant !

Cela me paraît quelque peu suspect ce manque d’informations quant à cet ancêtre. Sa vie était-elle si peu digne d’intérêt qu’elle en devenait réduite à rien ? Alors j’ai pris mon bâton de pèlerin et j’ai cherché. D’où vient Julien Durand, qui l’accompagne, dans quels lieux, quelle est sa famille, son évolution ? Que peut-il me révéler ?

Commençons par le début : Julien Durand est né à Nantes, paroisse Sainte Croix, le 22 décembre 1654. Il est issu du couple François Durand Maître cordonnier et de Catherine Viau. Il épouse à Nantes, paroisse Saint-Denis, Jeanne Saulnier, fille de Jean Saulnier, Maître cordonnier et de Perrine Rouault le 20 août 1680. Les pères pratiquent le même métier, les familles se fréquentaient probablement. L’acte de mariage indique que l’époux a vingt-cinq ans, domicilié en la paroisse de Saint-Nicolas il exerce le métier de marchand sans aucune autre précision. Son épouse à dix-sept ans lors de son mariage ; ils ont donc 8 ans de différence. Les deux époux signent.

Julien Durand décède le 19 octobre 1723 à Nantes, en sa maison de Chamcartier paroisse Saint-Donatien à soixante-huit ans mais il est inhumé à Sainte-Croix en présence des prêtres de choeur. L’acte d’inhumation n’en dit pas plus. Avait-il été un paroissien actif et reconnu au sein de cette paroisse ? Aucune mention, aucun document ne me permettent de l’affirmer, mais il est vrai qu’il demeura paroisse Sainte-Croix pendant de longues années. Son épouse quitte la vie à environ quatre-vingt-trois-ans le 4 septembre 1746 et sera inhumée à Saint-Donatien. Compte-tenu de son âge porté sur son acte de mariage, elle serait née en 1663, mais impossible de trouver son acte de baptême.

Le seul enfant connu du couple à ce jour est Julien Durand né en 1688 soit huit ans après leur union, (de ce fils seront issus les DURAND GASSELIN). Un seul enfant, cela ne se peut, me dis-je en mon for intérieur… Et j’écoute toujours ce que me dit mon for intérieur, le chemin n’est pas toujours rectiligne et évident, mais suivons le et voyons où cela nous mène…

Je débute mes recherches par ce qui me parait le plus évident ; les registres de la paroisse Sainte-Croix, lieu des épousailles. Entre les années 1689 et 1708 treize enfants y voient le jour. Il y aurait donc un intervalle entre 1680 et 1689 sans aucune naissance ? Je n’y crois pas trop. Mais alors où chercher ?

Lors de son mariage Julien Durand est domicilié à Saint-Nicolas, cherchons dans les registres de Saint-Nicolas. Entre 1680 et 1684, je trouve la naissance de trois enfants. Demeure un intervalle 1685/1688 sans aucune naissance. Je n’en reste pas là.

Allons étudier les registres de la paroisse de Saint-Denis, lieu du domicile de Jeanne Saulnier à son mariage. Deux enfants naissent dans cette paroisse en 1686 et 1687.

Entre 1682 et 1704, Jeanne Saulnier mettra au monde dix-huit enfants, qu’adviendra-t’il de ces dix-huit enfants ? Si l’histoire n’en retient qu’un, Julien Durand, sosa 460, dont je descends, je ne vais pas occulter les dix-sept autres !

Sur les dix-huit enfants, je trouve onze actes de décès. Cette recherche m’apprend que pendant leurs trois ou quatre premières années les enfants sont en nourrice. C’est le cas pour Anne Durand, née en 1692 à Sainte-Croix et décédée en 1695 à La-Chapelle-sur-Erdre, en nourrice comme il est mentionné sur son acte d’inhumation. Pour les six actes manquants, après avoir épluché les registres de Saint-Denis, Saint-Nicolas, Sainte-Croix, l’hôtel-Dieu, Sanitat, j’ai tendance à conclure que les enfants n’ont pas atteint l’âge adulte et qu’ils sont décédés en nourrice, hors de Nantes. Une recherche dans les registres de la-Chapelle-sur-Erdre, lieu où était en nourrice l’enfant Anne Durand, n’a rien donné non plus.

Le couple a donc eu 7 filles et 11 garçons. (Cliquer sur l’image pour l’agrandir)

ENF_DURAND_SAULNIER

 

Parmi ses enfants, six disparaissent des registres nantais :

Perrine (1682), Louise (1684), Jean (1687), François (1691) Nicolas (1696), Catherine (1704) soit 3 filles et 3 garçons. Il est fort possible qu’ils n’aient pas atteint l’âge adulte.

Anne (1962/1795), Jeanne (1693/1697) et Louis (1695/1698) décèdent avant leur cinquième année.

Pierre (1699/1709), Joseph (1700/1713) et Joachim (1686/1703) n’atteignent pas leur vingtième année.

Elisabeth (1683/1710) et Françoise (1690) quittent la vie avant leur trentième année.

Je perds la trace de Gilbert (1702), parrain en 1724 d’un fils de son frère Julien, époux de Marie MONTACIE, il a alors vingt-deux ans.

Julien (1689) décédera en 1766, Dominique (1697) en 1780 et Pierre Ignace (1706) en 1762. Julien s’unira à Marie Montacié le 26/01/1712 paroisse Sainte-Croix et comme ses parents aura une nombreuse progéniture. Ses deux frères resteront célibataires.

Elisabeth (1683) décédée en 1710, s’unira cependant par deux fois. Le 29/12/1704 à Saint Donatien avec Jean BRIDON dont elle aura une fille, puis veuve épousera Pierre Barbier Sieur des Pictières le 28/01/1712 à Sainte-Croix dont elle aura également une fille qui décédera dans sa première année.

Si l’on prend pour exact 6 enfants morts en bas âge, on peut supposer que le foyer ne s’est jamais composé des 18 enfants mais de moins de 10 en fonction des années. En 1703 par exemple, huit enfants, chiffre dont on pourrait soustraire 2 enfants de moins de trois ans probablement en nourrice.  En 1708, l’année de la naissance du dernier bambin, le foyer pourrait être composé de 6 enfants moins un en nourrice soit 5 enfants. Cette petite étude n’est là que pour tenter de donner un aperçu du foyer. J’ai tout d’abord pensé que la famille changeait de paroisse quand la famille s’agrandissait, j’ai donc tenté de vérifier mon hypothèse.

(Cliquez sur l’image pour l’agrandir)

FOYER_DURAND_SAULNIER

Ce tableau n’est probablement pas le reflet exact exact de la réalité pour les raisons suivantes :

– Pour six des enfants, je n’ai pas d’acte d’inhumation, je ne les prends donc pas en compte dans la composition du foyer, toutefois leur nom et leur année de naissance figurent dans ce tableau.

– J’ai présupposé que pendant les quatre premières années de leur vie, les enfants sont placés en nourrice, hors du foyer.

– Aucun élément ne me permet de savoir à quel âge précisemment les enfants quittent le nid. Pour deux d’entre eux, Elisabeth et Julien, je prends en compte leur présence au foyer jusqu’à leur mariage. Cela me paraît convenable pour Elisabeth mais matière à caution pour Julien Durand qui se marie à 23 ans, donc capable de faire vivre son foyer par son métier de marchand de draps et soie, comme indiqué sur son acte de mariage.

Quoi qu’il en soit, il est intéressant de confirmer que la maison de Julien Durand et de Jeanne Saulnier ne résonna jamais du bruissement de dix-huit enfants. Ce qui ne doit pas être une exception dans bon nombre de foyers à cette époque ; la vie, la mort s’entrecroisant perpétuellement. Jeanne l’invisible, l’oubliée qui met au monde son premier enfant à l’âge de dix-neuf ans, son dernier fils à l’âge de 43 ans. En vingt-quatre ans, elle donne naissance à dix-huit enfants, soit en moyenne une naissance toutes les 1,33 années ! En 1720, quatre de ses fils sont encore vivants, un seul est marié.

Après leur mariage, Julien Durand et Jeanne Saulnier s’installent dans la paroisse de l’époux Saint-Nicolas. En 1686, ils demeurent paroisse Saint-Denis, paroisse initiale de l’épouse. Ils se fixent de longues années paroisse Sainte-Croix, pour finir leurs jours paroisse Saint-Donatien. Je ne trouve aucun enfant fixé dans cette paroisse. Si les trois premières paroisses sont relativement proches, Saint Donatien est plus éloignée que les trois précédentes, rien ne me permet de déterminer précisément les causes de ces migrations. Si la cause n’en est pas la composition du foyer, ces déplacements pourraient être liés à une évolution professionnelle, l’envie de se rapprocher d’une clientèle plus prometteuse, ou pratiquer son métier dans une zone géographique en développement, plus propice au statut professionnel et social que Julien Durand souhaite atteindre. 

3paroisses
Situation de Ste Croix, St Denis, St Nicolas

Plan de la ville de Nantes et de ses faubourgs – François Cacaut – Gallica

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Situation de St Donatien

Plan de Nantes dressé par Jouanne – Gallica

lorsqu’il n’est pas la plupart du temps qualifié de « marchand », il est noté comme « marchand mercier » sur les actes de baptême de ses enfants en 1682, 1683, 1684 et 1691. Je doute cependant qu’il soit marchand mercier au sens où on l’entend généralement à Paris au 18ème siècle à savoir la commercialisation de mobilier et d’objets d’art de luxe. Ce métier était initialement fondé sur le négoce de tissus précieux, au 18ème siècle, il fut progressivement étendu au commerce de meubles et objets d’art de luxe sans abandonner celui des étoffes (1). J’imagine plutôt Julien Durand marchand de mercerie, dentelles, gallons étoffes d’autant que, nous le verrons par la suite, ses liens avec le monde du textile sont nombreux et deux de ses fils deviendront marchands de draps et soie.

Les Rôles de capitations numérisés sur le site des Archives Départementales de la Loire-Atlantique ne m’ont pas apporté beaucoup de précisions, si ce n’est que Julien Durand est soumis à l’impôt, et s’il s’agit bien de Julien Durand époux Saulnier, la situation économique de la famille paraît correcte. (En 1695 pour la Bretagne, vingt classes sont déterminées. Au sein d’une même classe chacun règle la même somme. La 1ère classe est taxée à 1000 livres, la dernière à 1 livre). capitation

DURAND_Capitation_STCROIX_1720_Vue90
Rôle de capitation – Nantes 1720 – B 3502

Sur ce document de 1720, où ne figure pas le prénom, Julien Durand, si c’est bien lui,  est noté comme marchand sans aucune autre précision. Ses fils figurent également, on peut supposer qu’il s’agit de Dominique (22 ans en 1720) et Julien (30 ans en 1720). Les deux autres fils ont respectivement 17 et 14 ans. Plus j’avance dans mes recherches quant à cette famille, plus j’ai l’impression d’être dans le flou !

 

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Rôle de capitation – Nantes – 1739 – B 3503

En 1739, le Rôle de capitation mentionne Julien Durand, marchand, domicilié rue Sainte-Croix et soumis à l’impôt de 38 livres dix sols.  Est-ce le père, est-ce le fils ? Je ne peux pas répondre.

Mais ce que je peux affirmer c’est que deux des enfants de Julien Durand deviendront marchands de draps et soie ce qui n’est pas le fruit du hasard…. Julien Durand fils de cordonnier tisse les fils, tisse les liens  pour ses fils et sa fille…

La trame de cette autre histoire fera l’objet d’un prochain billet…

 

 

SOURCES :

(1) A l’enseigne de Gersaint – Guillaume Glorieux – 2002 Champ Vallon https://books.google.fr/books?id=xT6iL4OBX1wC&lpg=PA137&dq=dissolution%20de%20la%20corporation%20des%20marchands%20merciers&hl=fr&pg=PP6#v=onepage&q&f=false

 

 

 


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