Les Tommies dans la Grande Guerre

Alors cet épisode 3 du #RMNA ? Après l’implication de la Nouvelle-Zélande et du Canada pendant la Grande Guerre, quelle sera ma prochaine étape ? La France, l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne ; divers lieux d’enracinement des enfants Mac Donell ?

Et si tout simplement je laissais la logique me dicter ce troisième rendez-vous ? Après avoir évoqué dans mes deux précédents billets ces deux pays du Commonwealth qui répondent à l’appel de Londres et viennent verser leur sang en Europe, disserter sur la Perfide Albion qui ne l’est plus est une évidence qui s’impose d’elle-même.

Fils de Hugh Mac Donell et de Ida Ulrich, Hugh Guion Mac Donell (1832-1904), est sujet britannique et diplomate au service de la Couronne. Marié à Ann Lumb (1850-1924) en juillet 1870, leur union a donné le jour à quatre fils et une fille. Quelle fut la part de ses fils pendant la Grande Guerre, c’est ce que je vais m’attacher à mettre en lumière.

Mais avant, vous connaissez maintenant ma marotte ; quelques mots sur la situation de la Grande-Bretagne au début de la guerre.

En 1910, le roi Georges V a succédé à son père. Il est roi du Royaume-Uni et de ses dominions (Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du sud, Irlande) et Empereur des Indes. Il y a plus d’un siècle que La Grande-Bretagne n’a plus bataillé en Europe. De 1899 à 1902, les troupes britanniques sont en Afrique du Sud lors de la seconde Guerre des Boers. À la fin de ce conflit, les deux républiques boers, l’Etat libre d’Orange et la République sud-africaine du Transvall, perdent leur indépendance et sont intégrées à l’Empire britannique.

Le 4 août 1914, face à la violation de la neutralité belge, l’Angleterre entre en guerre. Si les Britanniques possèdent la 1ère flotte de guerre du monde, la « Royal Navy« , elle ne dispose que d’une toute petite armée de métier, dont l’effectif est égal à celui de l’armée Belge. La British Expeditionnary Forces (B.E.F.) ne compte que 70 000 hommes. Si jusque-là sa meilleure protection reste son insularité, Il devient primordial que l’Angleterre développe ses forces militaires terrestres. Lord Horatio Kitchener, alors Ministre de la guerre, lucide dira :

« La guerre durera trois ans au moins : c’est le temps qu’il faut à l’Angleterre pour donner la mesure de sa puissance !».

Une campagne de recrutement est lancée dès août 1914. Tous les moyens de persuasion sont bons ; affiches, meetings, presse. En peu de temps, l’armée britannique passe de 150 000 soldats de métier à plus de 1,5 million d’hommes mobilisés. En trois mois, sont signés deux millions d’engagements volontaires.

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Affiches britanniques 1914 – 1916

Afin d’augmenter les enrôlements, Kitchener, sur une idée de Lord Derby, met en place le principe des « Pals battalion » (bataillons de copains). Ces hommes sont issus d’une même région, ville, profession, activité sportive, loisir ou autre et servent alors dans la même unité. La conscription et la Bataille de la Somme mettront fin à ce type de recrutement ; les pertes humaines affectaient bien trop lourdement les régions, villes ou quartiers dont étaient originaires ces soldats. Des communautés entières sont frappées par ces décès.

Or, l’engagement volontaire faisant appel au sentiment patriotique n’est plus suffisant, les pertes britanniques sont importantes. La conscription devient inévitable et se met en place en janvier 1916, sauf pour l’Irlande. Il n’est pourtant pas de pire chose pour le sujet britannique que l’idée même de la conscription. Farouchement attachés à leur liberté individuelle, les anglais ont bien compris que la domination allemande sonnerait la fin de cette sacro-sainte liberté, en tout cas tout a été fait pour qu’ils en prennent conscience.

L’Angleterre ne se mobilise pas uniquement pour transformer, voire même « créer » cette nouvelle armée. Il faut l’instruire, l’équiper, l’armer et c’est toute l’Angleterre qui contribue à l’effort de guerre, usines d’armement, développement de l’industrie aéronautique, usines de munitions. Londres, devient un site stratégique et logistique ; hôpitaux, centre de production d’armements… L’Allemagne l’a bien compris, La ville est régulièrement menacée par les bombes.

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Gallica BnF – Raid sur Londres – Bâtiment bombardé – Photographie de presse / Agence Roll

En France, la logistique militaire britannique s’articule autour des trois principales bases portuaires de Boulogne, Calais et Dunkerque. Dépôts, ravitaillement, bases sanitaires. Et comme cité dans mes précédents billets, le camp d’Etaples.

En août 1914, les troupes britanniques interviennent à Mons en Belgique, et dans le nord de la France. Mons, la ville du « First and the last ». C’est à Mons ques sont tués le premier et le dernier soldat britannique. Au printemps 1916, l’armée britannique participe à la Bataille de la Somme, qui se traduit par une véritable hécatombe dans ses rangs. Les anglais combattront également en Italie entrée en guerre contre l’Empire Austro-Hongrois en mai 1915, puis contre l’Allemagne en 1916.  Vous trouverez sur ce site les lieux d’intervention des troupes britanniques (ICI)

Celles-ci seront aussi à Salonique, au Moyen-Orient, en Afrique et en Mésopotamie, jusqu’en Chine aux côtés des Japonais pendant le siège de Tsingtao, port Allemand, (Qingdao aujourd’hui, entre Pékin et Shanghai)

Une fois ces quelques repères posés, qu’en est-il des 4 fils Mac Donell, quelle fut leur implication dans ce conflit :

Hugh Edouard Edmund Mac Donell, l’aîné de la fratrie est né le 28 avril 1871 à Buenos Aires (Argentine) où son père était en poste (1). Il fait ses études au Collège d’Eton qu’il quitte en 1889 (2). En avril 1896, il est 3ème secrétaire attaché au Service diplomatique de sa Majesté (3). Le 7 août 1900, il est nommé second secrétaire (4). En 1914, à l’âge de 43 ans, il se marie avec Hélène Ada Pilling (5). En 1915, capitaine, il appartient au 4ème bataillon de « l’Est Surrey Regiment » (Réserve), et nommé instructeur de tir (6). Le 4 mai 1917 (7), il se donne la mort à Plymouth avec son épouse dans des conditions particulièrement tristes et tragiques relatées dans ce billet A pitiful story.

Frederick Donald Mac Donell, le second de la fratrie est baptisé le 5 mai 1873 à Beddington with Wallington (Surrey) en Angleterre (8). Il est Sergent dans le régiment des « Bethunes Mounted Infantry » lors de la seconde guerre des Boers (9). Je perds sa trace pour ne jamais la retrouver, Frederick Donald Mac Donell s’est évaporé….. Provisoirement peut-être ?

Edgard Errol Napier Mac Donell, le troisième de la fratrie est né le 24 octobre 1874 à Wallington (Surrey) en Angleterre (10). Il se marie le 1er janvier 1906 à Wokingham avec Violet Forester (11). Après des études jusqu’en 1891 au Collège d’Eton (12), il sert de 1894 à 1897 au Consulat Britannique de Lisbonne (Portugal). En 1898, il devient vice-consul à Chinde (Mozambique), puis consul au Mozambique et Beira (ville portuaire du Mozambique). Pendant la guerre des Boers, il est consul général par intérim à Lourenco Marques (aujourd’hui Maputo, capitale du Mozambique). Il est une des trois personnes du consulat a obtenir la Q.S.A. (Queen’s South Africa Medal). Il a 40 ans en 1914 et pendant la guerre, il sert comme officier de liaison pour les forces portugaises en Afrique de l’Est. (L’Allemagne déclare la guerre au Portugal le 9 mars 1916). Il est major et appartient au « East African Corps« . Après la guerre, il sera consul à Monrovia, (capitale du Libéria) au Pirée, à Bucarest et consul général au Brésil de 1921 jusqu’à sa retraite en 1924 (13). Il décède le 4 décembre 1928 à Chelsea (14).

Alister Maxwell Mac Donell, Le dernier, est né le 4 décembre 1880 à Hackbridge (Surrey) (15). Il se marie une première fois en 1902 à Dublin (Irlande) (16) avec Flora Margareth Gold et divorce en 1913 (17). En 1915, il se remarie avec Olive Connelan (18). En 1902, il est second lieutenant au « Manchester Regiment » (19). En 1912, il passe son brevet de pilote, sur un biplan Bristol à Brooklands (20). En 1913, il fait partie de la réserve du 3ème bataillon de « l’East Surrey Regiment« , au grade de Capitaine. En 1914, quand la guerre éclate, il a 34 ans, il sert en France en septembre 1914 puis à Salonique (21). Il obtiendra la British War Medal et la Victory Medal (21). Il décède en 1963 à Worthing dans le Sussex.

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Certificats d’aviateurs – Royal Aero Club – 1910/1950

La Grande Guerre ne prendra pas la vie des quatre fils Mac Donell bien qu’un pan de leur histoire me soit inconnu pour deux d’entre eux. La guerre a-t’elle été un facteur à prendre en compte dans la décision du fils aîné, Hugh Edouard de se donner la mort ? Je n’en sais pas assez pour l’affirmer, mais on peut le supposer. Quant au deuxième, Frederick Donald, aucun indice ne me permet d’émettre une quelconque hypothèse, je ne peux que spéculer ou divaguer…. Cependant, je trouve pour le moins curieux de n’en retrouver aucune trace entre 1914 et 1918, ni en Grande-Bretagne, ni ailleurs.

En 1918, ils seront près de 4 millions de soldats venus de tout l’empire. A la fin de la guerre, l’armée britannique aura vu s’accroître non seulement ses effectifs mais aussi son expérience de la guerre et sa supériorité matérielle, son rôle aux côtés des français deviendra essentiel mais elle aussi aura payé un lourd tribut et de nouveau, je pourrais écrire un texte similaire à celui de mon premier billet. Les Tommies, frères d’armes de nos poilus, ont partagé comme eux toutes les atrocités de cette guerre.

statgm_0001
D’après WIKIPEDIA : Pertes humaines de la Première Guerre mondiale

SOURCES :

WIKIPEDIA : Armée britannique durant la Première guerre mondiale

La transformation militaire de l’Angleterre 1914-1916 – Général Malterre – Revue des Deux Mondes – tome 34, 1916.

WIKIPEDIA : Pal’s battalion

(1) Baptisms at St John’s church (12) – 1870 to 1872 – St John’s archives – item 30-10-01

(2) Britain Scholl & University rolls 1914 – 1918 – Transcription

(3) Morning Post – 06/05/1896

(4) St James’s Gazette – 15/12/1900

(5) England & Wales marriages 1837 – 2000 Transcription

(6) The scotsman 12/02/1915

(7) England & Wales deaths 1837 – 2000 Transcription

(8) England & Wales births 1837 – 2000 Transcription

(9) Anglo-Boer War records 1899 – 1902 – Transcription

(10) Copie acte de naissance – Croydon 1874 – Archive personnelle

(11) Copie acte de mariage – Wokingham 1906 – Archive personnelle

(12) Britain Scholl & University rolls 1914 – 1918 – Transcription

(13) AngloBoerWar.com

(14) England & Wales deaths 1837 – 2000 Transcription

(15)  England & Wales births 1837 – 2000 Transcription

(16) Copie acte de mariage – Dublin – Archive personnelle

(17) Copie jugement de divorce – 1913

(18) England & Wales Marriages 1837 – 2000 Transcription

(19) London Gazette – 1902

(20) Certificats d’aviateurs – Royal Aero Club – 1910/1950

(21) Catalogue des médailles de l’armée britannique pour la 1ère Guerre Mondiale 1914/1920

(22) England & Wales deaths 1837 – 2000 Transcription

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


9 réflexions sur “Les Tommies dans la Grande Guerre

  1. Merci de nous faire découvrir la Grande Guerre vue des pays alliés. Tes articles sont vraiment très intéressants et nous ouvrent sur d’autres points de vue. Donc après la Nouvelle-Zélande, le Canada et la Grande-Bretagne, quel sera le prochain et dernier pays ? L’Australie ?

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