Les Canadiens dans la Grande Guerre

Depuis longtemps, je souhaitais répertorier les descendants de Hugh Mac Donell ayant participé à la Première Guerre mondiale.

Le thème du #RMNA m’a semblé être l’occasion de faire cette étude. Les enfants Mac Donell ayant essaimé à travers le monde, il me plaît d’imaginer qu’ils ont, en cette funeste occasion, convergé vers l’Europe, au même moment, et peut-être même en France. Peut-être ont-ils combattu côte à côte et même se sont-ils reconnus pour certains ? Je ne connais pas malheureusement leurs liens. Les contacts entre les familles étaient-ils distendus ou pas, question sans réponse…. aujourd’hui.

Ces billets sont également l’occasion de rendre hommage à tous ces hommes et femmes venus de pays lointains combattre à nos côtés, parfois au prix de leur vie.

Dans le premier billet (ICI), j’ai évoqué la participation des soldats néo-zélandais du bout du monde; les « kiwis ». Dans ce second billet, je vous parlerai d’un canadien, descendant de Hugh Mac Donell. J’avoue que ma surprise fut grande de le trouver au Canada. Mais avant d’aller plus loin, quelques éléments d’histoire.

Depuis 1867, le statut du Canada, sous la domination de la couronne britannique, ne s’est pas modifié. La Confédération du Canada comprend les quatre provinces suivantes ; le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Ecosse, le Haut-Canada (Ontario) et le Bas-Canada (Le Québec). L’Angleterre reconnaît à cet état son autonomie intérieure et l’usage de l’anglais et du français. Les pouvoirs sont répartis entre le gouvernement fédéral et les provinces. S’uniront au Canada Confédéré, l’Ile du Prince-Edouard en 1871 et la Colombie Britannique en 1873. Deux nouvelles provinces l’Alberta et le Saskatchewan en 1905 rejoindront la Confédération. Terre-Neuve reste en dehors de la confédération et devient un dominion en 1907.

Le 5 août 1914, le gouverneur général du Canada déclare l’entrée en guerre du Canada et Sir Wilfrid Laurier (Chef du Parti libéral) déclare :

« Il est de notre devoir de faire savoir à la Grande-Bretagne, à ses alliés ainsi qu’à ses ennemis que les Canadiens sont animés par un seul et même sentiment et font bloc derrière la mère-patrie ».

Avant la guerre, le Canada dispose d’une milice, plus importante que son armée régulière qui ne compte que 3.110 hommes.

AFFICHES
Affiches de recrutement

Le Canada, organise et lance une campagne de recrutement ; la guerre sera courte, à Noël tout sera fini ! Personne n’imagine que la guerre durera quatre ans entrainant avec elle de multiples transformations. En trois semaines 30 000 hommes vont s’enrôler, enthousiastes et optimistes ceux-ci défilent dans les rues en chantant le God Save the King et La Marseillaise. Mais en 1917, par manque d’effectifs militaires la conscription se met en place non sans opposition.

Le camp d’entaînement de Valcartier, à une vingtaine de kilomètres de Québec, destiné à l’origine à la milice, regroupe et forme à la guerre tous ces volontaires. C’est du port de Québec que les recrues sont ensuite embarquées pour deux semaines et rejoignent l’Angleterre, au camp de Sling dans les plaines de Salisbury. Les 31 200 soldats du Corps expéditionnaire canadien arrivent en Grande-Bretagne le 14 octobre 1914. Ils n’ont pas la moindre idée de ce qui les attend. En ce premier hiver de guerre, ils partageront le quotidien de beaucoup de soldats ; la boue, les tranchées, la mort…

Le Corps expéditionnaire canadien (CEC) composé de quatre divisions soit 48 bataillons d’infanterie, constitue l’armée envoyée servir outre-mer par le Canada pendant la première guerre mondiale. Des 630 000 hommes qui s’enrôlent, 424.000 sont envoyés outre-mer. Les divisions du Corps canadien combattent presque toujours ensemble, contribuant ainsi à renforcer leur efficacité. Ingénieurs, médecins, infirmières, troupe ferroviaires, hôpitaux, ambulances, camps forestiers sont également présents sur le sol français.

Baptême du feu à Neuve-Chapelle pour les canadiens en avril 1915. Ils participent à la deuxième bataille d’Ypres (22 avril 1915 au 25 avril 1915)  ou 6 000 hommes trouvent la mort. Les Canadiens résistent vaillamment alors que l’armée allemande utilise pour la première fois des gaz toxiques. Le tribut est lourd pour tous ces hommes qui quelques mois auparavant n’avaient aucune idée de ce qu’était la guerre… L’enfer !

John Mac Crae, médecin militaire Canadien,  écrira ce poème :

Au champ d’honneur

Au champ d’honneur, les coquelicots

Sont parsemés de lot en lot

Auprès des croix; et dans l’espace

Les alouettes devenues lasses

Mêlent leurs chants au sifflement

Des obusiers.

Nous sommes morts

Nous qui songions la veille encor’

À nos parents, à nos amis,

C’est nous qui reposons ici

Au champ d’honneur.

À vous jeunes désabusés

À vous de porter l’oriflamme

Et de garder au fond de l’âme

Le goût de vivre en liberté.

Acceptez le défi, sinon

Les coquelicots se faneront

Au champ d’honneur

 

Composé au front le 3 mai 1915 pendant le deuxième bataille d’Ypres, en Belgique. Adaptation française du poéme « In Flanders Fields de John McCrae par Jean Pariseau

Revenus d’Ypres, les troupes canadiennes s’engagent dans la Bataille de la Somme, où attaques et contre-attaques se suivent. Leur efficacité se confirme. Au printemps, le 9 avril 1917 ils s’élancent à l’assaut de la Crête de Vimy. Cette victoire emblématique devient un élément fondateur pour le pays, un moment clé les affranchissant de la tutelle britannique. Passchendaele ensuite restera leur cauchemar. L’offensive des Canadiens dans le secteur d’Amiens marquera le début de la fin pour les armées allemandes. Puis ils sont envoyés sur le secteur d’Arras, et anéantissent la ligne défensive allemande ; la ligne Hindenburg. Début novembre 2018, ils participent à la prise de Mont-Houy et de Valencienne. Le jour de l’Armistice, les Canadiens libérent Mons en Belgique.

Les troupes Canadiennes inexpérimentées ont commencé la guerre à Ypres sous un commandement britannique, en 1918, elles ont leur propre commandement et constituent une force reconnue. Le rapatriement des troupes canadiennes se fera au printemps 1919.

Après la Bataille de la Somme, le premier ministre britannique déclare :

« Les Canadiens se distinguèrent à un tel point à l’assaut que pendant le reste de la guerre on les utilisa comme fer de lance dans les grandes batailles. Chaque fois que les Allemands trouvaient en face d’eux le Corps canadien, ils s’attendaient au pire ».

En vertu de quoi, le Canada apposera sa signature au Traité de Versailles, signé le 26 juin 1919 et deviendra cette année-là un pays indépendant à part entière.

Parmi tous ces soldats se trouvait William Keats BUCK. Arrière-petit-fils de Hugh Mac Donell, petit-fils d’Angelica Mac Donell et de son époux Richard Buck, officier de marine. Fils de Lewis William Buck et de Jeanne Archer. Son père est militaire de carrière, il est Major Général et appartient au « Madras Staff Corps ». William Keats Buck est né le 25 mars 1870 à Berhampore (Baharampur) ville de l’ouest du Bengale en Inde où son père était affecté au moment de sa naissance. La fratrie comptait dix enfants, 6 garçons et 4 filles. En 1914, 3 filles et 3 garçons sont encore en vie. Le père Lewis William est décédé en 1912, son épouse en 1876.

AN_walter_Keats_BUCK
British India Office – Ecclesiastical returns – Birth & baptisms

Walter Keats, n’est d’abord pas là ou je pensais le trouver ! Certains de ses frères et sœurs sont en Inde, d’autres en Angleterre. Walter Keats a fait ses études en Grande Bretagne, il figure sur un recensement de 1881 dans une école à Cheltenham, puis intègre en 1889 le Collège militaire de Sandhurst (1). En 1893, Second lieutenant sa démission de l’armée est acceptée (2), il a 23 ans. Pour quelle raison ? Mystère encore ! Je perds sa trace…

Je le retrouve au Canada. Le 13 février 1904, à 34 ans, Walter Keats se marie à Winnipeg (Manitoba) avec Cécilia Augustina Pauline MARTER (3). Walter Keats se porte volontaire dès le début de la guerre, il signe son engagement le 23 septembre 1914 à Valcartier, ses papiers militaires l’attestent, il a 44 ans, vit à Winnipeg. Il est comptable au sein de la Canadian Bank of Commerce, le couple n’a pas d’enfant.

Sens du devoir, héritage familial; un père et deux grands-pères militaires, comme pour ses cousins néo-zélandais, je ne connais pas les raisons précises de son engagement, mais son parcours est relativement lisible sur ses papiers militaires numérisés disponibles sur le site Bibliothèque et Archives du Canada.

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Pièces du dossier militaire – Bibliothèque et Archives du Canada

Après une période d’entraînement à Valcatier, le 8° bataillon d’infanterie canadienne auquel il appartient s’embarque de Québec le 1er octobre 1914 à bord du Franconia pour deux semaines de navigation. J’imagine sans difficulté ses pensées et je pourrais écrire un texte à peu près identique à celui de mon précédent billet. Un dernier regard à son épouse, une dernière étreinte. Quelques mots qui se veulent rassurants, mais en filigrane dans la pensée de chacun des époux, la probabilité de ne pas revenir. La possibilité d’un retour en miettes…. Les affaires sont en ordre, le testament rédigé est en lieu sûr… Les larmes seront pour après, pas maintenant, pas à l’heure du départ….

En février 1915, en Angleterre Walter Keats est transféré au 11ème bataillon d’infanterie canadienne, puis en avril au 4ème bataillon. Au mois de mai, Walter Keats est en France, mais malade, il est soigné à l’hôpital (Stationary n° 4) de Saint-Omer, lieu retenu par les britanniques pour installer le quartier général de leur armée, déplacé à Montreuil-sur-mer par la suite. Puis il est soigné à l’Hôpital général de Nottingham pour de multiples fractures notamment dans le pied. En novembre 1916, il est soigné à l’hôpital canadien de Woodcote Park à Epsom toujours en Angleterre. Walter travaille ensuite quelques mois à Londres au « General Audit Office ». Le Sergent Buck quitte ensuite l’Angleterre et arrive à Halifax mi-février 1918 à bord de l’Olympic. En mars 1918, à Winnipeg, Walter Keats est déclaré inapte au service. Il a passé 20 mois en France et en Belgique, sans d’autres précisions,  comme stipulé sur son dossier militaire.(4)

Walter Keats reviendra avec deux médailles, information trouvée sur le net et par hasard, ses médailles sont en vente. Sur ces médailles son numéro de matricule 234, son grade, ses initiales et son nom de famille.

medailles
British War Medal – Victory Medal

Il est probable qu’à la suite de son engagement, il lui sera alloué, en mai 1928, 160 acres de terre, section 19, NW, township 24, district 24115 concession qui porte le numéro 16332. (Environ 65 km2).

terres
Registre des concessions de terres aux soldats – Canada 1918 à 1931      Volume 4 (1922 – 1929°

Walter Keats et son épouse n’auront pas d’enfant. Walter décédera le 18 octobre 1939 à Winnipeg (5), sur sa tombe sont gravés son grade et son unité. son épouse  décédera en 1969 toujours à Winnipeg (6).

TOMBES_walter_keats_BUCK
Brookside Cemetery – Winnipeg – Manitoba – SourceCanada

Pour en savoir plus, je vous invite à vister le site extrêmement intéressant du Musée Canadien de la Guerre   : http://www.museedelaguerre.ca/premiereguerremondiale/ 

 

Sources :

Wikipédia – Histoire militaire du Canada pendant la Première Guerre mondiale

Site du Gouvernement du Canada – Bibliothèque  et Archives du Canada

(1) Presse – Cheltenham Chronicle – 10/08/1889

(2) London Gazette 1893

(3) Mariage index Manitoba – 1881 à 1937

(4) Dossier militaire – Bibliothèque et Archives du Canada

(5) Index de décès – Manitoba 1871 à 1947

(6) Site Cemetery Project

 

 


11 réflexions sur “Les Canadiens dans la Grande Guerre

  1. Lors de notre passage sur les lieux de la première guerre, nos premières découvertes ont été pour le musée de Vimy et son mémorial puis celui de Beaumont-Hamel. Nous en gardons un souvenir marquant. Nous avons été impressionnés par les cimetières canadiens avec leurs coquelicots. Bravo pour ce billet qui nous montre une autre face de cette guerre.

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  2. Merci pour ce bel article! C’est un sujet qui ne me laisse pas indiférente car je me suis aussi intéressée à un arrière-grand-oncle parti combattre de l’autre côté (comme on dit). Il s’est engagé, de son propre gré, à la fin de l’été 1914 et il faisait parti des quelques 1000 canadiens-français (sur les 30000 canadiens). Il n’est pas revenu, il est décédé en terre française en septembre 1917 à l’âge de 24 ans. J’ai cependant le bonheur d’avoir en ma possession les médailles que sa mère a reçu. Merci encore!

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  3. Tu nous rappelles que la Grande Guerre était la Première Guerre Mondiale. Ce récit est vraiment intéressant.
    Ils sont étonnants tous ces soldats engagés, venus de pays lointains, néanmoins reliés par des ancêtres européens.

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