Des Kiwis dans la Grande Guerre

#Raconte Moi Nos Ancêtres  – Episode 1

1er janvier 1918, 1.247ème jour de la première Guerre Mondiale, le 11 novembre 1918, date de la signature de l’Armistice, en sera le 1.561ème jour et le dernier. Plus de 1.500 jours de bruits et de fureur, plus de 1.500 jours de combats plus terribles les uns que les autres. Plus de 1.500 jours de destructions, de peur, de sang et de larmes. Plus de 1.500 jours et son lot de décès, de blessés, de vies et de foyers brisés, cassés à jamais. Plus de 1.500 jours à attendre, à espérer, quand l’espoir est encore là, que tout s’arrête enfin…. L’Europe, mais pas seulement, est à feu et à sang…

Quatre ans de guerre sur lesquels il nous faut revenir. Il y a un avant 1918, il y aura un après 1918. Certains soldats ne reviendront chez eux qu’en 1919, parfois même 1920, c’est le cas des « Kiwis » soldats néo-zélandais.

Car en effet, bien loin de notre continent, à plus de 19.000 km de là à vol d’oiseau, la Nouvelle Zélande, s’engage dans cette guerre le 4 août 1914.  Aucune obligation militaire ne lie ce pays à l’Angleterre. C’est librement que le pays du long nuage blanc met immédiatement et unanimement ses soldats et ses deniers à la disposition du gouvernement britannique. Petit pays de l’hémisphère sud, colonie anglaise depuis 1840, la Nouvelle-Zélande bénéficie, tout comme l’Australie, du statut de dominion depuis 1840 et conserve des liens étroits avec l’Angleterre (Mother country) et l’Australie.

Une semaine  après  son engagement, 14.000 Néo-zélandais se  portent volontaires, soit 10 % de la population. Ce pays, dont l’armée ne date que de 1907, s’est organisée autour de la formation des jeunes hommes par l’éducation physique obligatoire de 14 à 16 ans, puis une préparation militaire de 16 à 18 ans. De 18 à 25 ans les hommes sont convoqués pour des périodes obligatoires dans la « Garde Territoriale ». De 25 à 30 ans ils passent dans la réserve active. Un corps spécifique de cadres permanents assure l’entraînement des cadets et des réservistes. A la déclaration de la guerre, le gouvernement néo-zélandais décide la création d’une force expéditionnaire la NZEF (New Zealand Expeditionary Force). Celle-ci occupe rapidement les possessions allemandes des Iles Samoa. Fin octobre, les hommes de la NZEF rejoignent les forces australiennes de l’AIF (Australian Imperial Force) et font route vers l’Europe. La Grande-Bretagne, en accord avec la Nouvelle-Zélande et l’Australie crée un corps commun l’ANZAC (Australian & New Zealand Army Corps). Les hommes assurent d’abord la défense du canal de Suez puis combattent en juillet 1915 dans les Dardanelles où ils subissent de lourdes pertes malgré une conduite héroïque. Après réorganisation, l’ANZAC combat en France à partir de septembre 1916 et participe à la fin de la bataille de la Somme. En juin 1917, les soldats de l’Anzac s’illustrent dans l’offensive des Flandres. En 1918, l’ANZAC participe à la seconde bataille de la Marne. Pendant toute la guerre, des navires-hôpitaux ne cessent de faire la navette entre l’Europe et la Nouvelle-Zélande. À la fin du conflit, les Néo-Zélandais participent à la libération du Quesnoy, dans le nord.

La déclaration de guerre entraîne donc la mobilisation des réservistes et l’installation d’un bureau d’engagements volontaires. Cependant, jusqu’au mois de septembre 1914, le gouvernement néo-zélandais et l’Angleterre ne sont pas favorables à l’envoi en Europe d’un contingent devant le danger que font courir les navires allemands dans l’océan Indien et la Méditerranée. Enfin, le 31 octobre 1914,  les transports de troupes australiens et néo-zélandais embarquent les premiers soldats vers l’Europe. La plupart de ces soldats n’ont pas séjourné plus de six semaines en camp d’entraînement et malgré l’enthousiasme relaté par les journaux, ce n’est certainement pas sans avoir le cœur serré qu’ils s’embarquent.

Le 2 juin 1916, la Nouvelle-Zélande adopte la conscription, ce pays a déjà envoyé 25.000 hommes, elle en fournit encore 30.000 avant la fin de 1916. Plus de 100 000 volontaires se sont déclarés prêts à combattre dans les armées anglaises.

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Affiche de recrutement

Lors d’un précédent billet (ICI), j’ai évoqué Anne-Catherine Mac Donell, britannique par son père, son mariage avec Robert Henry WYNYARD, sujet britannique également, et son enracinement en Nouvelle-Zélande. Cinq de ses arrière-petits-fils s’engagent pour la durée de la guerre et seront présents sur différents fronts. Certains traverseront les mers pour venir jusqu’en Europe. Tous reviendront sains et saufs, mais certainement marqués à jamais par cette expérience.

Qu’en est-il de leurs pensées, leurs sentiments ? Je n’ai malheureusement aucun témoignage. Mais pour chacun, je dispose de documents sur le site de l’ANZAC. Ces documents sont cependant difficiles à déchiffrer et il m’est impossible de déterminer précisément, pour certains, les lieux sur lesquels ils furent présents.

Ils seront cinq à partir, 2 fratries pour qui les familles vont trembler pendant de trop longs mois. Dans le foyer de Robert Henry Wynyard, marié avec d’abord avec Agnès Cécilia Coulson puis remarié depuis 1902. Trois de ses fils seront en 1918 en Europe. La famille compte 4 garçons et 5 filles dont une de son second mariage.

Cette 1ere fratrie à s’engager est constituée par William Kawiti (27 ans) qui se réengage en 1915 après la campagne des Iles Samoa, Sydney Montague (24 ans) s’engage en 1916, et Leslie Henry (29 ans) signe également en 1916.

William Kawiti WYNYARD – né le 01/03/1891 à Auckland a 24 quand il s’engage. Il est célibataire.

Volontaire le 05/05/1915

En 1918 : NZ  Provost Corps – Grade : Lance caporal

Date début de service : 11/08/1914 – Date fin : 23/05/1919

Théâtre des opérations : 1914 : Samoa – 1915/1916 : Egypte – 1916/1917 : Western European

Retour : 24/04/1919 

British War Medal – Victory Medal

https://discoveringanzacs.naa.gov.au/browse/records/571015

 

Sidney Montague WYNYARD né le 18/09/1894 à Auckland à 22 quand il s’engage. Il est célibataire.

Volontaire le 2/05/1916

Unité : 2nd New Zealand field artillery 2nd Battery – Grade : Guner (Cannonier)

Date début de service : 6/05/1916 – Date fin : 21/01/1919 – N° 17248

Théâtre des opérations : 1917/1918 : Western European

Mars 1918 à l’hôpital

British War Medal – Victory Medal

Embarque à Wellington le 19/08/1916 pour Devonport le 25/10/1916

Embarque de Plymouth le 06/11/1918 pour la Nouvelle Zélande

Arrive le 19/12/1918

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Evening Post 21/03/1918

https://discoveringanzacs.naa.gov.au/browse/records/571016

Leslie Henry WYNYARD – né le 30/09/1889 à Auckland a 27 ans quand il s’engage.

Volontaire le 28/10/1916 – N° 52508

6/02/1917 – Training camp – Paperpast 6/02/1917

Retour Egypte : 18/08/1919 – Auckland star

01/11/1916 – Recruiting – Auckland Star

Unité : Auckland Monted Rifle

Théâtre des opérations : Egypte

Service : 256 jours en Nouvelle Zélande – 1 an (303 jours à l’étranger)

Date début : 30/03/1917 – Fin 09/10/1919

British War Medal – Victory Medal

https://discoveringanzacs.naa.gov.au/browse/records/571017/1

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Auckland Star 1/11/1916

La seconde fratrie se compose des enfants de Gladwyn john WYNYARD et de Catherine WYNYARD née HICKEY. Arthur Ropata Coulson s’engage le 9/02/1917, son frère Gladwyn Clinton s’engage à la fin de l’année le 1/12/1917. Ce sont les deux derniers fils de la famille qui compte 8 enfants, 5 garçons dont un décédé en 1915 et 3 filles. Les deux aînés ont 35 et 32 ans en 1914.

Arthur Ropata Coulson, né le 28/08/1896 à Auckland a 21 ans quand il s’engage. Célibataire, Il exerce la profession de professeur de musique

Volontaire le 9/02/1917 Pour la durée de la guerre – N° 55011

Embarque à Cape Town le 28/08/1917 pour Southampton le 25/09/1917

2nd BN Auckland Infantry Regiment – Grade : Private (Soldat)

Théâtre des opérations : 1917 – 1918 – 1919 – Western European – 2 ans et 74 jours

Date début de service : 03.05.1917 – Date fin : 23.10.19

Retour : 19/09/1919  – New zealand time 29/08/1919

British War Medal

https://discoveringanzacs.naa.gov.au/browse/records/570999

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New Zealand Herald – 10/02/1917

 

Gladwyn Clinton, né le 19/08/1884 à Auckland a 33 ans quand il s’engage. Il est marié à Edith Mary Neighbourg depuis 1906, sans enfant.

Volontaire le 01/12/1917 pour la durée de la guerre – N° 79118

Embarque à Wellington le 1/08/1918 pour Londres le 4/10/1918

NZ Rifle Brigade – Grade : Rifleman – 42 nd reinforcement

Date début de service : 01.05.1918 – Date fin : 9.02.20

Wellington 1/08/18 – Trentham 12/08/18 – Londres 4/10/18 – Brocton 4/10/18 –Plymouth 10/11/19

Quitte Plymouth le 20/11/1919 –Ne semble pas avoir été au front

Retour 17/12/1919

British War Medal

https://discoveringanzacs.naa.gov.au/browse/records/571013

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New Zealand Army – Fiche Discovering ANZAC – National Archives of Australia

il n’est pas impossible que d’autres jeunes hommes de la famille WYNYARD se soient trouvés sur les fronts de la première guerre mondiale. Ils ne figurent pas dans cette liste soit parce qu’ils ne sont pas clairement identifiés soit parce qu’aujourd’hui je ne peux les relier précisément à mon arbre.

Le père des enfants de la 1ère fratrie et celui de la seconde fratrie sont frères. Ils ont tous pour grand-père Gladwyn John Richard WYNYARD capitaine du 58th Regiment of foot, et pour arrière-grand-père Robert Henry WYNYARD qui avant d’être gouverneur fut capitaine puis colonel du 58th Regiment of foot et en 1851 commanda les forces de la Nouvelle Zélande.

Comme je l’ai déjà évoqué, je n’ai aucun témoignage. Est-ce en mémoire de leurs aïeux qu’ils s’engagent ainsi pour combattre loin de leur terre natale ? Est-ce un devoir de se battre pour l’Empire et à ses côtés ? Par solidarité avec ceux qui déjà ne sont pas revenus ? Sont-ils partis la fleur au fusil, avec une envie d’aventure et de dépaysement. Je ne le pense pas. Ils s’engagent, sauf un, entre 1915 et 1917. Les journaux régulièrement relatent les événements survenus sur chaque front. Les listes de blessés, de décédés sont publiés régulièrement dans la presse. Les navires hôpitaux sont attendus avec une liste précise des hommes à bord. Il me semble que c’est donc en toute conscience qu’ils s’engagent.

Pour valider leur engagement, ils passent une visite médicale qui les déclare aptes ou inaptes selon les cas. Cette fiche médicale figure dans les dossiers militaires de l’ANZAC. La liste des soldats sélectionnés est également publiée dans la presse. Après cette visite médicale, les hommes retenus sont envoyés dans un camp d’entrainement pour une instruction de six semaines donnant également lieu à une publication dans la presse.

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Questionnaire – New Zealand Army – Discovering ANZAC – National Archives of Australia

Un de leur oncle, James Gladwyn WYNYARD assure l’instruction de ces recrues au camp d’entrainement d’Avondale. Il n’a pas d’enfant au front lors de cette guerre, mais un de ses fils décédera en Egypte (El Alamein) le 2 novembre 1942.

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Auckland Stard – 03/05/1916

 

Et c’est le grand départ ! Ils s’embarquent pour environ deux mois de mer pour ceux qui gagnent l’Europe, généralement l’Angleterre. Voyageurs avec pour uniques bagages son paquetage et ses souvenirs. Une photo, un objet, un grigri peut-être, ils quittent leur famille, leur terre, leur vie d’alors…. Un au revoir, un adieu qui prend tout son sens… Et sur ce navire regarder au loin sa terre disparaître sans rien savoir du retour. L’engagement est signé pour la durée de la guerre. Et ce voyage que l’on voudrait déjà fini tout en ne le voulant pas. Quand reviendrons-nous si nous revenons… Antienne lancinante bercée par le roulis…

On y est presque après ces mois de mer. Avant le front, un passage obligé au camp britannique de Sling, puis celui d’Etaples en France, et les voilà au feu… Les Kiwis, frères d’armes de nos poilus. Dans la boue, le froid, la neige. Sous la mitraille et les obus et ne penser qu’à vivre. Dévisager la mort, côtoyer la souffrance, entendre l’agonie, ne pas sombrer surtout.

Attendre…. Attendre des nouvelles du pays où la vie continue…. Là-bas, pas d’obus, pas de mitraille, pas de sirène, pas de cratères, pas de champs de bataille. Seule la désolation dans les cœurs et les hôpitaux. Attendre les lettres et les colis, si longs à venir…. Quand reviendrons-nous ?

Et puis l’Armistice…. A toute volée les cloches sonnent ! Les canons se taisent… Enfin la paix ! Mais si la paix n’était plus dans les cœurs… Comment faire avec ce long cortège de disparus, de morts, de veuves et d’orphelins… Blessures à l’âme, blessures physiques. Que faire de ces nuits sans sommeil ponctuées de cris et de cauchemars, de ces visions d’horreur emmagasinées durant cette guerre emportées avec soi au moment du retour ? Qu’il est lourd le paquetage…

Pour nos kiwis, le retour sera long, beaucoup ne repartiront qu’en 1919 ou 1920. Les soldats transitent par la Grande Bretagne avant d’embarquer pour la Nouvelle-Zélande. Le camp de Sling, les rassemble. La grippe espagnole  déjà présente dans les tranchées en avril 1918 y fera son apparition, S’ajoutent à cette épidémie des problèmes de transport, les derniers soldats ne seront pas chez eux avant mai 1920.

Soldats du  bout du monde, braves, courageux, ils seront près de 18.00 Néo-Zélandais morts au combat à des milliers de kilomètres de chez eux, le taux de perte le plus élevé parmi les pays engagés dans le conflit. Au cours de cette guerre, la campagne de Gallipoli fut pour la Nouvelle-Zélande un moment fondateur de leur histoire et de leur conscience en tant que nation. L’Anzac day est célébré le 25 avril de chaque année et commémore la bataille de Gallipoli.

Si loin, si proches, frères d’armes de nos poilus, ils étaient là à nos côtés dans le chaos de la Grande Guerre.

NB Les sources seront précisées dès que possible !

 

 


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