Emilie Claire ne m’a pas tout dit…

On écrit des choses, on croit parfois tout savoir….

On se laisse embarquer par quelques découvertes souvent jubilatoires. Rien n’est plus triste que de ne rien trouver, alors quand on trouve, on aligne ses mots ; la matière est là.

Il arrive que la petite voix se fasse entendre ; et si…. et si…. Alors consciencieusement on reprend ses notes, on tente d’en savoir un peu plus. D’abord parce que l’on veut tout savoir de ses ancêtres ensuite parce que les quitter est parfois un crève-cœur. Laissons la part de mystère à ceux qui ne disent rien ou si peu.

Et puis tant que les recherches se poursuivent sur l’ancêtre dont il est question, je ne sais pas pour vous, mais moi en l’occurrence, je ne peux pas travailler sur une autre personne. Je me détache difficilement du sujet qui devient le mien à moi. M’anime aussi, je dois le dire, la coupable pensée d’être la seule capable de mettre la main sur le fait introuvable, le Graal que tout le monde cherche sans jamais le découvrir ! Je n’ai jamais l’impression de perdre mon temps, si je ne trouve rien, j’apprends toujours quelque chose.

Forte de ce précepte, je persiste et continue à compulser, à chercher, à vérifier…

J’avais appris fortuitement que le mariage d’Emilie Claire avait été désapprouvé par son beau-père Alexandre Joseph Marie Aguado. Lors de la rédaction de mon précédent billet (ICI), aucun fait précis, aucune source ne me permettaient de confirmer cette assertion, je l’ai donc passée sous silence.

Mais le doute n’en était pas moins là. L’achat d’un ouvrage consacré à Alexandre Joseph Marie Aguado, dans ses dernières pages a, non seulement répondu à mes interrogations, mais m’a apporté des informations supplémentaires et quelques surprises. (1)

Pour mémoire, Alexandre Joseph Marie Aguado, né en 1785 en Espagne, de noblesse sévillane, fut d’abord un militaire. Il rejoint la cause des français aux côtés de Joseph Bonaparte, puis après leur défaite, s’exile en France en juillet 1813. Il s’établit à Paris, fait du commerce et des affaires comme ses ancêtres avant lui. Son fructueux business, dirait-on aujourd’hui, lui permet la création de sa propre banque. Grâce à ses relations familiales et ses liens avec son pays natal, il devient le banquier de la Cour d’Espagne et acquit une fortune considérable.

Contrairement à d’autres grands banquiers de l’époque, il ne crée pas une dynastie bancaire qui aurait pu laisser son nom dans l’histoire. Il se retire des affaires mais conserve des activités dans des projets industriels et financiers. Protecteur des arts, il reçoit et aide pécuniairement de nombreux artistes comme par exemple Rossini. Il reconnaît dans son testament Louis Alfred Fijan, fils d’Alexandrine Fijan, danseuse de l’Opéra. (2)

Le tout-Paris lui prête un luxe trop ostentatoire, et le perçoit souvent comme un parvenu, Ainsi et à son grand regret, il ne fera jamais partie du grand monde parisien. Il décède en Espagne en 1842.

Un an avant son décès, son fils ainé Alexandre Jean Marie Manuel Aguado épouse Emilie Claire Mac Donell à la Mairie du 2ème arrondissement à Paris. Son beau-père espérait une alliance plus prestigieuse pour son fils et cette union ne présente ni intérêt, ni avantage pour ses ambitions. Il est malgré tout obligé de l’accepter. Le futur époux ne renonçant point à sa belle.

Le mariage est donc célébré mais fort mécontent et pour le montrer, Alexandre Joseph Marie Aguado modifie son testament rédigé le 15 juillet 1840 (1) en défaveur de son fils aîné. Olympe et Onésipe, ses deux autres fils conserveraient chacun deux cinquièmes des biens espagnols de leur père, tandis que l’époux d’Emilie en recevrait seulement un cinquième.

Sa colère s’apaisa-t-elle ? Emilie Claire fut-elle l’agent de cette réconciliation ? Il faut le croire car son beau-père attribua des parts identiques à ses trois fils dans son testament du  1er novembre 1841 (2).

Mais ce n’est pas là le plus étonnant et nous allons voir que l’histoire se répète. Quand Alexandre Joseph Marie Aguado quitte l’Espagne en 1813, il n’est pas seul. Maria Del Carmen Victoire Moreno, d’origine modeste, l’accompagne, ils ne sont pas mariés, leur premier fils (l’époux d’Emilie Claire) voit le jour le 6 août 1813 à Cauna dans le département des Landes en France. Maria Del Carmen Victoire est cependant nommée comme étant son épouse dans l’acte de naissance de l’enfant (3). L’heureux père quitte son pays, mais ne fuit-il pas également sa famille ? Je doute que cette situation, hors conventions, ait été approuvée par son entourage.

Maria Del Carmen Victoire et Alexandre Joseph Marie Aguado convoleront à Paris en 1830 (1). Un contrat de mariage sera signé le 6 juillet 1830 selon le régime de la séparation de biens et les deux premiers enfants, Alexandre (1813) et Olympe (1827) seront reconnus, Maria Del Carmen Victoire est enceinte de son troisième et dernier fils Onésipe (1830). Malheureusement l’acte de mariage ne se trouve dans l’état civil reconstitué de Paris et l’acte de naissance d’Olympio est très succinct.

Ce que le père fit, le fils ne pouvait le faire ! Le père s’exonère des conventions de son milieu pour tenter d’imposer celles-ci à son fils aîné, sans succès. On peut penser qu’il souhaitait à travers le mariage de ses enfants renforcer favorablement son image, pérenniser son nom et probablement appartenir à ce grand monde parisien qui le boudait.

Clin d’œil du destin, mais il ne sera plus là pour le voir, n’est-ce pas finalement Emilie Claire qui lui ouvrira cette porte compte-tenu de sa proximité avec le couple impérial et qui épousera deux de ses fils ?

Mais la répétition ne s’arrête pas là. L’acte de décès (4) d’Alexandre Hugues Marie Aguado, premier fils d’Emilie Claire, donne à celui-ci l’âge de 40 ans en 1881 soit une naissance en 1842. Il se marie en 1867 à Florence (5), et il n’y pas de registre numérisé pour cette année dans les archives italiennes. Ce mariage ne fait pas non plus l’objet d’une transcription dans les registres parisiens, à moins qu’il soit ailleurs mais où ? Je n’en ai pas la moindre idée. Afin de ne rien laisser passer, je décide de consulter le registre des baptêmes de Florence pour l’année 1842, rien. Puis, parce qu’on ne sait jamais, le registre de 1841. Et là, comme un cadeau, le baptême du premier fils, Alexandre Hugues Marie le 2 septembre 1841. Le calcul est vite fait, Emilia Chiara, (c’est beau en italien) était donc enceinte lors de son mariage ! Comme ses beaux-parents, une entorse aux conventions.

Estratto mensuale del registro dei battezzati – Septembre 1841 – Firenze – Oratorio San Giovanni

Lors de mes recherches sur Emilie-Claire, j’ai été fort étonnée ne trouver aucune mention de son mariage dans la presse française, généralement peu avare lorsqu’il s’agit de la famille Aguado. Rien n’a filtré quant à ce mariage. Dois-je en déduire qu’ils se marièrent en catimini ?

Emilie Claire ne m’avait pas tout dit….

J’espère qu’elle ne m’en voudra pas d’avoir levé le voile…

SOURCES :

(1) L’ivresse de la fortune – Jean-Philippe Luis – Payot 2009

(2) Archives Nationales – Minutes de F. P. HUILLIER (MC/ET/VI/1005 – MC/ET/VI/1181

(3) Acte de naissance Cauna – 7 août 1813

(4) Acte de décès 11 février 1882 – Paris 16°

(5) Annuaire de la noblesse 1870

 

 

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3 réflexions sur “Emilie Claire ne m’a pas tout dit…

  1. Quand une passionnée écoute une petite voix, cela nous donne l’occasion de retrouver Emilie Claire et d’avoir un nouvel épisode d’une étonnante famille.
    Merci de partager ces petits trésors .

    Aimé par 1 personne

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