1 – Ida’s life……

Si Anne Hughes la première épouse de Hugh Mac Donell fut d’une grande discrétion et peu encline à se livrer, Ida Louise Ulrich sa seconde femme m’en dira beaucoup plus. Coquetterie de vielle dame ou pas, elle me distille des bribes de vie petit à petit et quelques révélations inattendues au détour d’une recherche.

Son faire-part de décès date sa disparition au 2 octobre 1880 à l’âge de 81 ans, elle serait donc née en 1799 bien que certains la fassent naître en 1800. Nous dirons donc qu’elle naît avec le XIXème siècle. Les quelques actes de mariage de ses enfants, malheureusement, ne mentionnent pas sa date de naissance. (Source : archive familiale – faire-part de décès)

Ida Louise Ulrich, nait au pays de la petite sirène, le royaume du Danemark. Sa première sœur Ana Magdalena Ulrich nait en 1791 à Reval (nom allemand de TELLIN, capitale de l’Estonie annexée par la Russie en 1721). Son frère Peter Carl Ulrich voit le jour à Reval en 1798. Charlotte Sophie Emily pousse son premier cri à Copenhague en 1796. Georgina Cornelia vient au monde en 1802 à Gluckstadt (Ville d’Allemagne dans le Schleswig-Holstein).

Son père Georg Frederik Ulrich, amiral, prend du service dans la Marine impériale russe de 1792 à 1798, puis réintègre la Marine royale du Danemark. Il est nommé Consul-général du royaume de Danemark près le Dey de la Régence d’Alger en 1804. (Sources familiales et correspondance Ida Mac Donell).

Accompagné de son épouse, Gertrude Kaas et de ses cinq enfants, il quitte les frimas du nord pour la chaleur algéroise.

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Vue d’Alger – Gallica

La Régence d’Alger est sous domination ottomane et les régents portent le titre de Dey. La Méditerranée, est un terrain de chasse pour les pirates barbaresques qui se livrent à la Course. Les pirates (Raïs), avec la bénédiction du Dey, capturent, rançonnent, bateaux, marchandises, équipages, voyageurs, passagers de tous sexes et de tous âges. Esclaves, main-d’œuvre, butins rapportent gros sans compter les tractations en sous-sol par les congrégations religieuses et les consuls pour négocier rançons et rachats des captifs. Régence d’Alger

Les nations européennes tentent de développer leur commerce maritime rendu fort hasardeux par la piraterie endémique entretenue par le Dey, qui d’une main rançonne et de l’autre discute de traités commerciaux non respectés ou si peu !

Le malheur est dans la désunion des européens incapables de parler d’une seule voix : l’Angleterre tient à conserver sa suprématie sur les mers et la France la lui soufflerait bien…….

De son côté, Hugh Mac Donell après avoir quitté le Canada et passé quelques années à Gibraltar a été nommé en 1811 Consul à Alger. Sa famille l’accompagne, son épouse Anne Hughes, ses trois filles, Angelica, Anne-Catherine et Mary. (Il semblerait qu’il y en ait une quatrième, mentionnée dans un courrier d’Ida Mac Donell ci-dessous.

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Extrait d’un courrier d’Ida Mac Donell – Scourge of Christendom – R.L. Playfair

Ida ULRICH a le même âge que sa fille Angelica, étaient-elles amies ?  Compagnes  de  jeux ? Les consuls des différentes nations se recevaient dans leurs résidences estivales, nichées pour la plupart dans la « Vallée des consuls« , bordée d’oliviers centenaires, havre de fraicheur et de quiétude lorsque l’air d’Alger devenait irrespirable. Une belle description de cette Vallée des consuls

Mais les deys se succédaient, leurs exigences aussi.

Le 25 mars 1808, George Frederik Ulrich dans l’incapacité de remettre au Dey la gratification exigée fut arrêté et traîné au bagne. (Nouvelles politiques et journal Paris). Les consuls européens, unis dans cette circonstance le font libérer. Son épouse, Mme ULRICH profondément choquée ne se remettra jamais de cet épisode et Ida Louise perd sa mère en 1814.

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Journal de l’Empire – Gallica BnF

En 1811, Ida verra le mariage de sa sœur Anna Magdalena avec Hieronimus Johan Arnold Carstensen, dernier consul du Danemark à Alger, nommé en 1823 et présent lors de l’expédition française en 1830. (Source : Liens Alger/Cophenhague)

Hugh Mac Donell, quant à lui devient veuf entre 1813 et 1814 avec trois peut-être quatre filles. Il se remarie avec Mademoiselle Ulrich début 1815 à Alger.

Ida a alors 15 ou 16 ans et Hugh 55 ans ! Georg Frederik Ulrich est protestant (source arbre généanet et sources familiales). Est-ce à cette époque et pour l’épouser que Hugh Mac Donell se convertit au protestantisme ? Cela reste une hypothèse car aucun élément aujourd’hui ne me permet de le vérifier.

Leur premier enfant Louise Catherine Adélaïde naît  le 11 mars 1816 à Alger. (Source : Chiesa Evangelisa Riformata Svizzera – florin website). Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle vient au monde en des temps troublés !

Le 16 août 1816, Hugh Mac Donell pour avoir pris l’initiative d’une protestation contre les violations de traité et pour d’autres causes fut étroitement surveillé par le Dey Omar qui craignait non seulement sa fuite mais des représailles anglaises. Souhaitant avant tout mettre sa famille à l’abri, et après l’insuccès d’une première tentative, un deuxième stratagème fut imaginé. Il s’agissait pour Ida Mac Donell, son bébé Louise (cinq mois) et une des filles de Hugh Mac Donell (Il me reste à chercher laquelle !) de rejoindre le Prometheus, navire anglais ancré au port. Le chirurgien du navire donna un somnifère à l’enfant, probablement du laudanum et le bébé fut placé dans un couffin, recouvert de feuilles de choux ou de légumes selon les versions. Au moment de franchir les portes de la Marine, le nourrisson réveillé se mit à pleurer, la supercherie fut éventée et le bébé capturé. Ce que voyant Ida Louise arracha sa veste, plongea dans l’eau du port et à la nage rejoignit le plus proche navire britannique. Le médecin et plusieurs marins furent capturés. Dans un geste d’humanité, le Dey remit l’enfant à sa mère.

Son époux toujours sous surveillance, fut mis aux fers et enfermé au sous-sol de sa maison qui fut partiellement brûlée, et pillée. Les flottes anglaise et hollandaise arrivèrent devant Alger le 27 août 1816 conduites par Lord Exmouth qui tenta de négocier la paix avec le Dey. Il refusa, la bataille éclata et ce fut le bombardement d’Alger. Le lendemain, le Dey Omar accepta les conditions de l’Angleterre : Abolition de l’esclavage, libération de tous les esclaves chrétiens sans rançon, une réparation pécuniaire et le traitement des captifs comme prisonnier de guerre et non pas comme des esclaves. Hugh Mac Donell fut libéré le 29 août 1816.

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Bombardement d’Alger – George Chambers Sen. (1803-1840) National Maritim Museum

Ida Louise et Hugh verront la naissance de plusieurs de leurs enfants à Alger :

  • Louise né en 1816 évoquée précédemment (l’enfant du couffin),
  • Emilie Claire née en 1817,
  • Alexandre Frederik né en 1820,

D’autres enfants viendront au monde, six filles et deux garçons atteindront l’âge adulte. A ce jour, il semble qu’Ida ait porté six filles et trois garçons soit neuf enfants.

En janvier 1824, l’Angleterre souhaite négocier quelques modifications au traité de 1816 en y ajoutant un point quant à l’inviolabilité consulaire. Hugh Mac Donell craignant, encore une fois,  pour sa sécurité et celle de sa famille embarque avec femme et enfants sur une frégate anglaise la Naïade. Le Dey refuse de traiter avec lui et somme l’Angleterre de nommer un nouveau consul au prétexte que sa sécurité ne pourrait être garantie. La famille quitte Alger, ce sera la fin précipitée de l’épisode algérois.

Tant d’aventures et si jeune ! La vie d’Ida ne s’arrête pas là, bien au contraire, et comme j’en découvre un peu plus chaque jour, mon récit est loin d’être terminé ! Une autre histoire suivra…

SOURCES :

  • Histoire d’Alger sous la domination turque – 1515-1830 – H.D. de Grammont – Paris 1887.
  • Captifs et captivité dans la Régence d’Alger (XVIIème – Début XIXème) Les cahiers de la Méditerranée.
  • Petite bibliothèque du voyageur en Algérie – Alger et ses environs en 1863 – Tissier – Alger
  • The scourge of christendom – Lieutenant-Colonel R.L. Playfair – Londres – 1884
  • Reminiscences of diplomatic life – Anne Lumb – Londres 1913
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6 réflexions sur “1 – Ida’s life……

  1. Comme toujours, c’est bien documenté (on se demande où elle trouve tout ça !), bien écrit, et on voyage. Après l’Ecosse, l’Amérique, le Canada, le Danemark et l’Algérie ! Et mon petit doigt me dit qu’on va encore avoir besoin de son passeport…

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